Le rut du CHAMOIS
À l’automne, lorsque les premières neiges commencent à blanchir les sommets et que les couleurs de la montagne s’adoucissent, le chamois entre dans l’une des périodes les plus spectaculaires de son existence :
le rut.
Il se déroule généralement de la fin octobre à la mi-décembre, avec un maximum d’activité en novembre.
Durant cette période, les mâles, habituellement solitaires ou vivant à l’écart des hardes de femelles,
deviennent particulièrement actifs.
Une période de rivalité
Les mâles adultes cherchent à s’assurer l’accès aux femelles et parcourent leur territoire à leur recherche.
Ils peuvent alors se livrer à de véritables poursuites dans les pentes escarpées, avec une agilité remarquable.
Deux mâles qui se disputent une femelle peuvent se faire face, se poursuivre et parfois s’affronter.
Mais la confrontation physique reste souvent l’ultime recours.
Beaucoup se joue dans l’intimidation et la poursuite, chaque mâle cherchant à impressionner son rival par son attitude,
sa vigueur et sa capacité à le suivre dans les terrains les plus difficiles.
Le chamois possède pour cela un avantage extraordinaire :
ses sabots, munis de coussinets élastiques et de bords particulièrement adhérents,
lui permettent de se déplacer avec une étonnante sûreté sur les rochers,
les pentes herbeuses et même sur des terrains enneigés.
Des poursuites impressionnantes
C’est durant le rut que l’on peut observer des scènes étonnantes.
Un mâle peut poursuivre une femelle à vive allure,
changeant brusquement de direction et bondissant d’un rocher à l’autre.
Ces poursuites ne sont pas sans danger.
Dans les couloirs rocheux et les pentes abruptes du Mercantour,
quelques mètres seulement peuvent séparer l’animal d’une chute.
Le mâle dominant consacre alors une grande partie de son énergie à surveiller les femelles et à repousser ses rivaux.
Il mange moins et peut perdre une partie importante de ses réserves au cours de cette période particulièrement éprouvante.
La reproduction
Après l’accouplement, la gestation dure environ six mois.
Une particularité remarquable est l’implantation différée de l’embryon :
après la fécondation, son développement reste temporairement ralenti avant de reprendre normalement.
Les naissances ont généralement lieu en mai ou juin, au moment où la montagne offre à nouveau une nourriture abondante.
La femelle met le plus souvent au monde un seul chevreau.
Celui-ci est rapidement capable de suivre sa mère dans les pentes parfois vertigineuses qui constituent son habitat.
Observer sans déranger
Le rut est une période fascinante pour le photographe et le naturaliste.
Mais c’est aussi un moment où les animaux sont particulièrement sollicités.
Un chamois poursuivi ou dérangé peut dépenser une énergie précieuse alors qu’il doit déjà affronter les rigueurs de l’hiver.
Dans le Mercantour, comme ailleurs en montagne, la meilleure observation reste donc celle qui laisse à l’animal
la liberté de poursuivre son chemin sans se savoir observé.
Et lorsque, au détour d’un sentier, un chamois apparaît sur une crête, immobile face au paysage,
il suffit parfois de quelques secondes pour comprendre pourquoi cet animal appartient si profondément à l’image de la montagne.
Dans le silence des sommets, le rut rappelle aussi que derrière cette apparente tranquillité se joue,
chaque automne, une lutte ancienne pour la vie et la perpétuation de l’espèce.
Lorsque le rut commence, le chamois mâle n'est plus tout à fait le même animal.
Habituellement discret et prudent, il devient nerveux, vigilant,
constamment à la recherche des femelles et attentif à la présence de ses rivaux.
Alors commencent les poursuites du rut.
Une femelle s'éloigne sur une pente et, quelques secondes plus tard, un mâle se lance derrière elle.
Il dévale la montagne, bondit au-dessus des rochers, traverse les éboulis
et remonte avec une facilité déconcertante des pentes où l'homme aurait bien du mal à tenir debout.
La poursuite peut changer brusquement de direction.
Un rocher, une barre rocheuse ou un brusque décrochement du terrain ne semblent guère arrêter les chamois.
Leur remarquable agilité leur permet d'évoluer dans ces paysages vertigineux avec une assurance qui nous surprend toujours.
Une rivalité permanente
Mais ces courses ne concernent pas seulement les femelles.
Les mâles se surveillent constamment et peuvent se poursuivre lorsqu'un rival tente de s'approcher.
Face à face, ils cherchent d'abord à s'impressionner.
Le plus puissant ou le plus expérimenté cherchera à faire renoncer son adversaire.
Lorsque cela ne suffit pas, la confrontation peut devenir plus brutale.
Dans le tumulte du rut, il n'est pas rare de voir plusieurs chamois disparaître soudain derrière une crête,
pour réapparaître quelques instants plus tard beaucoup plus loin.
Un spectacle difficile à observer
Pour celui qui a la chance d'assister à ces scènes, le spectacle est saisissant.
Tout va très vite :
un mouvement sur une pente, quelques bonds, une course effrénée… puis le silence retrouve sa place.
C'est peut-être cette brièveté qui rend ces instants si précieux.
Dans le Mercantour, les poursuites du rut nous rappellent que la montagne n'est jamais immobile.
Sous son apparente tranquillité se déroule, chaque automne, un monde sauvage où la force,
l'agilité et l'instinct se rencontrent sur les pentes les plus escarpées.
Et lorsque les chamois s'immobilisent enfin sur une crête, face aux sommets, il ne reste plus au photographe qu'à attendre…
et à espérer saisir cet instant fugace où la vie sauvage se révèle dans toute son intensité. |